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Le récit de vie

La vie est riche de moments forts, de joies, de peines, d’aventures et de souvenirs.

La transmission est le cœur de l’humanité : que serions-nous sans la mémoire individuelle ou collective, sans les souvenirs ?

Le récit de vie permet de raconter une histoire, de partager des souvenirs, de transmettre, de rendre hommage.

Contactez-moi pour me raconter votre projet. Après un entretien initial, nous déciderons ensemble d’un déroulé planifié. Vos pensées prendront forme sous ma plume et à l’issue de plusieurs échanges nous parviendrons ensemble au texte qui vous convient.


Récits de vie, déclarations, discours de cérémonie, éloges funèbres, recueil de souvenirs…

En attendant de découvrir votre projet, je vous propose ci-dessous un petit récit, qui je l’espère, vous plaira….


La visite


« Bonjour madame ! », me lance-t-elle, en levant les yeux vers moi. « Comment allez-vous ? », me sourit-elle… Je m’assoie près d’elle et prend ses mains dans les miennes en un geste chaleureux. Elle me regarde et me sourit à nouveau, de ce sourire plein de reconnaissance. Cette reconnaissance innocente que j’appelle celle du nouveau-né. Quand tout jeune encore, à peine voyant, le bébé sourit à l’approche de vos bras aimants, reconnaissant dans les ombres des formes qui l’entourent l’intention bienveillante de ceux qui le chérissent. Quand vous approchez de lui, il sait que vous venez en amour, et son visage s’adoucit soudain pour vous offrir le plus joli des sourires. « Il sourit aux anges », dit-on.

Elle m’offre ce sourire, elle ne sait pas qui je suis mais elle sait que je lui veux du bien.

Les minutes s’égrènent et nous parlons de tout et de rien, elle me raconte comme elle est allée faire ses courses ce matin au marché, d’ailleurs elle aimerait bien « quelque monnaie », car elle n’en aura plus assez, surtout qu’elle a « du monde à manger ce soir ». Il faut aussi qu’elle pense à son menu, ce sera sûrement des pommes de terre. Elle déguste son café avec des petits gâteaux que je lui ai ramenés, elle adore les douceurs sucrées, elle raffole du chocolat. J’adore la voir goûter, cela me rappelle mon enfance, quand moi aussi, assise dans la cuisine je mangeais mon pain avec du chocolat. Peu à peu, elle arrête de parler, et ses yeux regardent au loin, c’est quand elle est fatiguée. Je sais qu’il est bientôt l’heure…

Il est temps pour moi de m’en retourner dans mon foyer, empli de rires d’enfants et de vie. C’est toujours un moment difficile, je déteste les « au revoir ». Je lui dis qu’il me faut partir et elle acquiesce, parfois je ne sais pas si elle est triste ou soulagée, peut-être un peu les deux. Je me lève et me penche pour la prendre dans mes bras, elle semble si frêle et si fragile, dans ce fauteuil devenu trop grand pour elle et qui, depuis quelques années maintenant, la retient telle une prison, depuis que ses jambes l’ont abandonnée.

Je relâche mon étreinte et elle me prend la main : « Merci de votre visite, vous êtes bien gentille ! ». Je l’embrase sur la joue et je luis dis que je reviendrai, l’infirmière vient débarrasser notre petit goûter. Cette fois il me faut partir, je lui fais signe de la main et elle me rend mon salut, toujours ce même sourire, plein de reconnaissance. Elle doit sûrement parfois se dire : « Elle est vraiment gentille cette dame ». Je quitte la salle et me dirige vers l’ascenseur. J’attends toujours d’avoir quitté le hall de l’EPHAD pour pleurer, quelques larmes amères coulent sur mes souvenirs de jeux et de rires dans la cour de ma grand-mère, qui nous regardait avec bienveillance du haut de son balcon.

Aujourd’hui, elle ne sait plus qui je suis, mais moi je sais qui elle a été. Moi aussi un jour je lui ai souri sans bien savoir qui elle était, sachant qu’elle me voulait du bien. Pour tout cela je reviendrai, même si la mémoire qui s’efface me créé à chaque visite une nouvelle plaie au cœur. Dans un jour, peut-être deux ou même trois, parfois il m’est difficile de venir, sachant tout cela, je reviendrais. J’apporterais à nouveau les petits gâteaux que ma mamie aime tant et nous passerons encore quelques précieux moments entre inconnues si familières.

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